Grande entrevue: Sébastien Fauré

 

 

SÉBASTIEN FAURÉ

Président et associé principal, bleublancrouge

 

bleublancrouge

  • 1983 : Fondation d’un studio de design par Normand Vaillancourt
  • 1987 : Le studio devient une agence de création avec l’arrivée de Serge Tougas 
  • 2004 : L’agence prend un important virage multiservice
  • Propriété 100 % québécoise
  • Plus d’une centaine d’employés
  • Filiales :
    o BBR3 – agence interactive (avec Revolver 3)
    o BBRI – recherche, sondage et analyse
    o BBRK – Publicité et design (Ottawa)
    o BBRX – division pharmaceutique
    o BW – division jeunesse

SF = Sébastien Fauré, président et associé principal, bleublancrouge
CN = Chantal Neveu, éditrice de CIBLE et présidente de Multidées relations publiques


CN – bleublancrouge fait partie du paysage depuis de nombreuses années. Qu’est-ce qui, aujourd’hui, vous distingue des autres?


SF – Chaque agence a un esprit bien à elle. Je ne peux parler pour les autres, mais je dirais que ce qui nous distingue, chez bleublancrouge, c’est avant tout notre passion du métier. Notre travail, on l’aime profondément. C’est un people business, un métier de gens, un métier d’idées… et on est tout simplement fait pour ça!

Notre engagement est de changer le cours des choses. On prône des idées fortes et on les amène à des niveaux de créativité très élevés. Notre grande force, c’est la création. Et notre équipe? Des gens curieux, inventifs et sans limites. Pensons à Gaëtan Namouric, vice-président exécutif et directeur de création, à Dominique Trudeau, vice-président et directeur de création, qui a en poche deux Lions numériques à Cannes, ou encore à Daniel Fortin, directeur de création design, qui a pris avec brio la relève de Marie-Hélène Trottier, partie en congé de maternité.

La pub est un mélange d’art et de stratégie. De bons stratèges et de bons créateurs, voilà la recette. J’ai beau avoir beaucoup d’expérience, je suis toujours stupéfait par la vision créative de nos créatifs lorsqu’ils livrent nos messages stratégiques. Les grandes idées, ça nous mène tellement plus loin.


CN – Comment abordez-vous le monde des idées? Qu’est-ce qui vous motive à créer?


SF – Notre ambition, c’est de créer ce qu’il y a de meilleur. Il est rare qu’un client n’achète pas une grande idée. Mais l’exécution, elle aussi, est très importante. Une grande idée mal exécutée devient rapidement une mauvaise idée. La chimie d’une grande campagne, ça provient avant tout d’une grande relation avec le client.

L’idée de pouvoir changer le cours des choses, ça nous valorise et c’est ce qui nous amène à vouloir toujours plus, à aller sans cesse plus loin. Si la pub est un moyen pour atteindre une fin, elle peut aussi faire la différence. Créer la différence, faire une différence, c’est ce qui nous inspire. Et pour y arriver, ça prend des gens qui valorisent le bon goût et qui prennent les consommateurs à la hauteur de ce qu’ils sont. Aujourd’hui, les gens en connaissent souvent plus que le vendeur en magasin. Le consommateur est désormais en contrôle. Il sait ce qui est bon pour lui, et il rejette tout simplement le mauvais.


CN – Depuis 20 ans, la pub a évolué. Qu’est-ce qui a le plus changé?


SF – Il y a 20 ans déjà, on parlait de communication intégrée. La seule différence, aujourd’hui, c’est que la boîte à outils est beaucoup plus grande. Mais sur le fond, on construit encore les mêmes maisons. Le défi est toujours de communiquer, mais les moyens sont plus vastes, plus complexes et moins contrôlables. Et c’est parfait comme ça! Nos références, elles aussi, ont évoluées. Nous ne sommes plus les petits québécois, nés pour un petit pain, et on le sait! Les Céline, Robert Lepage et autres Cirque du Soleil sont devenus nos nouveaux exemples de réussite.

CN – Quel est, pour vous, le plus grand des défis?


SF – Eh bien je dirais que c’est d’arrêter de donner les idées et de ne vendre que l’exécution. Les idées, chez bleublancrouge, c’est ce qui nous distingue. Des vendeurs d’exécutions, on en retrouve trop. Alors que la réalisation est vue comme une commodité, on accorde en général de moins en moins de valeur aux idées. Une bonne et une mauvaise pub se vendent au même prix, tout comme un bon et un mauvais premier ministre gagnent le même salaire. Mais au final, ce qui fait réellement la différence, ce sont les idées qu’on met de l’avant. Ça, pour moi, devient le prochain grand défi.


CN – Il y a quelques années, pour obtenir des comptes nationaux, on devait jouer sur notre identité. On convainquait même des multinationales comme Pepsi de créer des campagnes propres au Québec. Aujourd’hui, comment séduire les comptes nationaux?


SF – Je crois qu’on a arrêté, au Québec, d’être sur la défensive. Au fil du temps, notre vision s’est élargie. Les jeunes ont voyagé. Ils nous apportent une nouvelle vision du monde. Internet, lui aussi, nous permet d’avoir le monde au bout des doigts. On a enfin compris qu’il est possible de faire de l’excellente pub ici, et surtout qu’elle s’exporte à merveille.

Mais ce n’est que le début. On doit désormais user de toutes nos forces pour convaincre les multinationales de produire ici. En ce sens, le YUL-LAB et Montreal.ad de l’AAPQ sont des moyens pour tendre la main aux grands annonceurs. Il s’agit de vendre au monde entier nos compétences en créativité appliquée.

CN – Mais pourquoi notre société serait-elle, par exemple, le reflet d’un marché aussi large que les États-Unis. Ne sommes-nous pas, justement, distincts?


SF – Nous sommes une microsociété avec nos propres médias, notre star-system, nos références, nos réseaux de distribution, etc. Nous sommes en quelque sorte un marché fermé. Chaque dimanche soir devant les écrans québécois, on a l’équivalent d’un Super Bowl. Toutes proportions gardées bien sûr…

Il est donc possible, au Québec, de mesurer des campagnes en mixte média, de constater rapidement l’impact d’une pub et de noter les forces et faiblesses d’une campagne. À faible prix, une multinationale peut donc prendre conscience de l’efficacité d’une campagne avant de l’appliquer à des marchés plus populeux. Au fond, on devient ainsi un laboratoire, un espace d’expérimentation. Pour une campagne multi-disciplinaire aux États-Unis, on parle de millions de dollars. Le facteur risque est donc immense. Mais si on a déjà expérimenté l’impact réel dans un marché isolé, ça permet d’innover avec confiance.

YUL-LAB et Montreal.ad sont des vitrines démontrant nos forces créatives et ouvrant pour nous de nouvelles avenues. Je suis très fier de ces projets. On se doit d’appuyer ce qui peut nous amener plus loin en tant qu’industrie. MasterCard et L’Oréal Paris ont choisi Montréal pour explorer de nouvelles approches, et je sais que d’autres multinationales, séduites par notre offre, étudient la faisabilité de certains projets. Mais je ne peux pour le moment en dire plus…


CN – Vous êtes président de l’Association des agences de publicité au Québec (AAPQ), vous avez beaucoup donné à d’autres associations également. Faire sa part, pour vous, ça veut dire quoi?


SF – C’est en s’unissant qu’on devient fort. L’industrie québécoise est petite. On doit se tenir. On a dû se battre dans le passé pour faire valoir notre savoir-faire, et on doit continuer dans cette voie. La mobilisation est fondamentale pour notre secteur, et elle doit partir d’un désir commun, d’une vision partagée. L’implication, ça demande de la générosité. Un véritable don de soi-même. Aujourd’hui, c’est dommage, ça se perd un peu. Mais à force de prêcher par l’exemple, on donnera bien le goût à d’autres de prendre la relève!


Rédactrice en chef : Chantal Neveu, www.multidees.ca

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